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Culture

Saïd Raïssi,23/06/2012 14h21

Gnaouas en mouvements, Essaouira en Liberté

 

Photo: Idrissi Mohsine

Fusion africaine avec Oumou Sangaré, sons du Pakistan avec Fareed Ayaz et Abu Muhammad, jazz made in German avec le Trio Joachim Khun. Le festival d’Essaouira poursuivait hier son périple musical en brassant dans une communion totale les nationalités les plus diverses.

« Une telle communion, nous les politiques, nous sommes incapables de la produire, c’est pourquoi la culture a une importance si particulière » reconnaissait au micro de Menara Nabil Benabdallah, ministre de l'Habitat, en marge d’un forum Sociétés en mouvements, cultures en liberté consacré au rôle que peut jouer la création culturelle dans une démarche politique.

Il est vrai que la réhabilitation de la culture gnaoua a permis non seulement à Essaouira de ressusciter, mais a aussi de faire passer un message politique que l’on retrouve jusque dans les tenues vestimentaires aussi colorées que personnifiées des festivaliers. 

Dans les rues d’Essaouira, comme on a pu le constater une fois encore lors cette quinzième messe gnaoua, qu’ils soient rastas, gnaouis, bouhalis ou simples souiris, le public semble exprimer avec le corps ce que les mots ont parfois du mal ou peur d’exprimer, soit à cause d’une forme de censure politique, soit tout simplement à cause d’un conformisme social qu’Essaouira tend à attendrir.

« Nous aimons la culture gnaoua, pas uniquement pour sa dimension musicale, mais aussi parce qu’elle exprime un vécu auquel on s’identifie » explique Adil, étudiant en droit et jeune écrivain passionné du festival gnaoua 

La culture gnaoua, rempart au repli identitaire

« Les gnaouas représentent aussi pour nous l’aspiration à la liberté car leur histoire est lié à un combat contre l’esclavage. Or, ce combat ressemble au notre. Car nous sommes nous aussi confrontés à une sorte d’esclavage moderne, qu’il soit d’ordre économique, politique ou social. La culture gnaoua est aussi là pour nous indiquer la voie de l’émancipation. »

Bien entendu, les bouleversements politiques que connait le Maroc à l’heure du printemps arabe et de l’accession au pouvoir d’un parti islamique mettent davantage en relief ce débat autour de la culture et des libertés.

Pour Driss El Yazami, président du Conseil national des droits de l’homme, qui se réjouit de l’esprit de liberté insufflé par la culture à Essaouira, l’heure est à la prudence car selon lui:

« Il y a des signaux d’alarmes qui ne sont pas pris en compte comme l’annulation il y a moins d’un mois à Al-Jadida d’un séminaire consacré à l’œuvre de Abdellah Tahia auquel étaient opposés des manifestants qui pointent du doigt l’homosexualité de l’auteur. La liberté de recherche académique n'a pas été respectée»

Mais attention, comme l’a judicieusement fait remarquer un participant au forum, certes la culture doit servir de rempart au repli identitaire et à une certaine forme d’expression politique, mais en aucun cas elle ne doit servir de vecteur à un choc des identités. Le dialogue doit être maintenu. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre, tant que les gnaouas seront en mouvements, Essaouira restera libre.


Saïd Raïssi
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